Antiennes

 

   Les Antiennes sont dédiées à des musiciens dont les œuvres ont nourri mon travail au fil des ans, et il me semble nécessaire de les nommer comme des référents d’un monde sensible et vivant.

   Chaque image témoigne de cette rencontre inconfortable entre le visible et l’invisible ; c’est une fenêtre, un seuil, un lieu fragile et aléatoire qui tente d’accueillir le mystère.

 

   Antienne 1, De Profundis (Arvo Pärt) : Portail roman d’où naissent, de la pierre même, les membres d’un chœur mixte, la solitude plurielle de notre époque vis-à-vis de l’ouverture vertigineuse du sacré. Le ciel et la pierre du temple sont de la même matière.

   Antienne 2, Duende (Camaron de la Isla) : La pudeur accompagne ce chant douloureux de l’ombre intérieure, le cante flamenco a la même ferveur inquiète et sa tension donne l’épaisseur au silence qui le cotoie.

   Antienne 3, Shakti (John Mc Laughlin) : L’immobilité de la méditation contient cette respiration synonyme du rythme universel que dessinent si clairement les tablas orientaux. La mélodie a le pouvoir de traduire la transparence des abîmes de lumière.

   Antienne 4, A love supreme (John Coltrane) : La pulsion d’une âme vers le haut. Les nœuds et dénouements que cela implique sont d’ombre et de lumière. Le mystère de sa musique est dans le recueillement qu’imposent ses cris et ses appels incantatoires.

   Antienne 5, Jade vision (Bill Evans) : C’est l’elipse de la lumière. Ici le recueillement est humide comme la mouvance du piano. Nostalgie des origines.

   Antienne 6, Prélude II, 4, BWV 87 (J. Sébastien Bach) : La géométrie du silence, la transparence d’une structure cosmique. Analogie de la forme pyramidale et de la pièce diamantée pour piano. La cadence est la même que celle du burin.

   Antienne 7, Lila (Hariprasad Chaurasia) : La souplesse dévotionnelle de la flûte, la chaleur de la note, le souffle de la compassion agitent le voile sensuel dont se pare la Danse Divine.

 

JPT préface à l’exposition, Paris 1999.