Traits et
lignes foisonnent. Le regard s’y meut. Les formes se contractent, s’étirent.
Plans et surfaces s’articulent. Les lumières s’y fondent ou s’y embrasent. Et
soudain, de cet espace indéfini émerge une « géographie intérieure ."
La force tellurique du noir darde comme un coup de
sonde jusqu’au tréfonds de l’être. Impérieusement.
Hypnotisé
par certains éléments naturels (écorces, sables, roches, plantes), Jean-Pierre
Tingaud a concrété leur substance. Cette matière inorganique transcrit les
hiéroglyphes de sa réalité intérieure – non de sa vision mais de sa
connaissance (alchimique, mystique, onirique, orientale).
En
Espagne, son monde poétique s’est sublimé. Ses réseaux de tailles ont capté des
évocations de cordages et de directions. Des labyrinthes se sont imposés à
travers son interrogation du réel. Des paysages ont déclenché tous les
possibles du rêve : des orchestrations de lumières et de ténèbres
déferlent sous les traits fibreux du burin ou dans les nappes effervescentes de
l’eau forte.
Si le
graveur joue avec cette essence vivante et indécise, c’est que l’allusion
devient un agent de transmutation, de métamorphose. De vertige. C’est la
somnolence des choses et de l’être – avant de basculer dans les replis de la
pensée et des sens. C’est aussi le moment où la conscience plastique se libère.
Inéluctablement. La « musique onirique » qui habite la gravure de
Jean-Pierre Tingaud sourd d’une profonde exigence de pureté cérébrale et
sensuelle.
Gérard Mouizel, préface à l’exposition, Paris
1985.