Labyrinthes de lumière

 

 

 

Au début – peut-être au début de chaque gravure – c’est un peu comme une capture, un premier butin soustrait ou soutiré à la Nature. Alors il s’agit de la description surprise de la Passion entre l’ombre et la lumière avec la médiation de la matière. C’est la nécessaire mise en scène de cette Tragédie de la Nature et ses deux acteurs principaux : la Terre et le Ciel.

   Il me fallait chercher une géographie intérieure, localiser un site où le désir puisse s’éveiller parce qu’il se sent cerné par son éternité. Et les seuls bagages étaient l’espace et l’outil, et au devant, la multitude sidérale des informations quant à la forme et à l’apparence que pourrait prendre la Nécessité : les mathématiques cunéiformes de la terre lorsqu’elle craquèle de soifs ; la brûlance des mouvements ouatés par la nuit ou glacés par le métal du désert ; les seins de la mer gonflés de désir par les éclaboussures du soleil ; l’apparente sieste des graphismes théologiques de la roche ; les ondulations charnelles des nuages ou l’inquiétude transparente de l’eau en quête de son retour ; ou encore la sagacité des piaillements des feuilles sous l’averse de juin lorsque la lumière est si dense qu’elle sue des odeurs d’amour.

   Alors c’est le guet des moments où le regard atteint ces vertiges lorsqu’il devient lui-même l’horizon et son propre funambule. Alors il s’agit de céder, hypnotisé, aux danses frénétiques de la Nécessité devant le mystère de la Nature et ses inattendus, puisque le corps de la gravure a tout pour être en constante transformation.

 

JPT préface à l’exposition, Madrid 1984.