Les
gravures de Jean-Pierre Tingaud fonctionnent à l’énergie. Laudes, Antiennes,
Mandalas ou Totems ; il s’agit toujours de célébrer le vivant,
de donner à voir et à goûter la forme de jubilation. Ainsi que l’artiste
l’écrivait en 1996, l’art contemporain tend à énoncer la peur, à se faire le
reflet de la spirale de mort qui court en filigrane de ce siècle où l’horreur
s’est sue et vue à grande échelle. Ici, c’est encore et encore la vie qui
l’emporte. On le sait désormais, le sacré ne se laisse pas évacuer. Il renaît
de ses cendres et c’est à mon sens ce que le travail de Tingaud nous offre en
pâture : la vision de forces en plein jaillissement, une fête de nouveauté
se déployant sur d’anciens tréteaux – forme de vitrail, verticalité du totem, figure
concentrique du mandala, triptyques, silhouette de la croix… Qu’est-ce
qu’essentiellement le sacré sinon l’instant insondable où la vie se sait
elle-même vivante ?
Rien
d’angélique dans ce sacré là. Le noir de l’encre nous rappelle que la nuit guette,
que la bouche d’ombre s’ouvre grand. Le graveur ne gomme pas l’obscur, il
travaille avec lui, il y taille sa lumière, l’en dégage. La cérémonie s’apprête
à commencer. Une célébration résolument contemporaine, affranchie des
frontières mais riche en traditions qui s’entrecroisent en une danse aussi vive
que grave. Au fond de toute cette matière en fusion, au cœur de la démarche,
palpite la pudeur. C’est la beauté de la gravure dont le caractère même confère
sobriété aux plus foisonnants des déferlements. Le sujet déborde, le support
est austère. L’alliage des deux crée un art qui subsiste à l’œil comme une
érotique de l’âme.
Gilles Farcet, préface à l’exposition, Paris 1999.